Les mobilisations du mouvement féministe tout au long du XXème siècle ont non seulement permis de gagner des droits pour les femmes mais également de faire évoluer les mentalités. Nous savons que l’amélioration des conditions de vie et de travail des femmes n’est pas automatique et que la marche vers l’égalité est une bataille à mener en permanence. Nous savons aussi que les avancées obtenues (droit à l’éducation, droit de vote, droit à l’autonomie, droit à disposer de son corps…) l’ont été grâce au rapport de force construit par le mouvement social, le mouvement féministe et les luttes politiques.

Nous observons pourtant chaque jour, dans notre vie quotidienne, dans notre travail comme dans notre vie sociale et culturelle, que la bataille est loin d’être gagnée. Malgré les droits obtenus, les luttes n’ont pas permis de faire disparaître la domination patriarcale de nos sociétés. La progression des droits des femmes s’est figée et on constate aujourd’hui de réels reculs dans certains domaines. Que ce soit de manière brutale ou de façon plus insidieuse, nous sommes tous confronté-e-s au sexisme, aux discriminations ou aux violences que subissent les femmes.

Nous en avons assez !

– Les violences sexistes augmentent : aujourd’hui, une femme meurt tous les 4 jours sous les coups de son compagnon. La loi reste insuffisante et n’est pas respectée, les structures d’information, de prévention et d’accueil sont sous-dotées. La violence touche toutes les femmes, y compris les lesbiennes, particulièrement victimes des violences machistes, les femmes migrantes, les femmes handicapées… Nous militons pour une loi-cadre contre toutes les formes de violences faites aux femmes.

– Le droit à disposer de son corps n’est aujourd’hui plus un acquis. L’accès des femmes à l’avortement est remis en cause par le sous-financement de l’hôpital public et des structures de soutien aux droits reproductifs et sexuels, par la dévalorisation de l’acte médical d’IVG et par les attaques constantes des organisations intégristes, religieuses et réactionnaires.

– Dans la sphère privée, l’égalité est loin d’être atteinte : 70% des tâches domestiques sont aujourd’hui assurées par les femmes. La charge des enfants repose en grande partie sur elles, et le service public se désengage de plus en plus de l’accueil des enfants. Ainsi, près de 8 enfants sur 10 de moins de 3 ans n’ont pas accès à une place d’accueil subventionnée par les pouvoirs publics.

– Les stéréotypes sexuels sont véhiculés chaque jour par les entreprises, les médias et même à l’école. Le système, en développant des normes sexistes et en tolérant l’hypersexualisation des jeunes, entretient la domination patriarcale et ouvre ainsi la voie à la multiplication des oppressions envers les femmes.

– De nombreuses femmes, parce qu’elles habitent dans des zones abandonnées par les pouvoirs publics (banlieues, zones rurales) ou parce qu’elles sont migrantes, cumulent les discriminations et se retrouvent parfois en grande difficulté. Les femmes peu qualifiées et de nationalité non européenne ont moins de 10% de chances d’avoir un emploi.

– L’homme le plus pauvre de Belgique est une femme : 60% des personnes devant recourir au Revenu d’Intégration Sociale sont des femmes. Les femmes ont plus de risque de se trouver en situation de pauvreté, en particulier les femmes de plus de 65 ans.

– Dans le monde du travail, les inégalités de salaire et de retraite subsistent (24% de différence entre les femmes et les hommes) et les femmes sont quasiment les seules (43% des femmes contre 7% des hommes) à subir le temps partiel. La loi sur l’égalité salariale, adoptée en 1999, n’est toujours pas appliquée dans toutes les entreprises. Seuls 23% des dirigeants sont des femmes.

– Les possibilités pour les femmes de prendre des responsabilités politiques, associatives ou syndicales sont encore l’objet de combats quotidiens. Seul 5 femmes sont ministres, sur les 15 membres du gouvernement fédéral. La Chambre des représentants compte 35.3% de femmes.

– La situation des femmes est dramatique dans de nombreux pays du monde. Une majorité d’entre elles n’a pas accès aux soins, à la contraception et à l’avortement, des millions de jeunes filles sont privées d’éducation, sans compter l’utilisation de la violence sexiste comme arme de guerre.

Enfin, dans un contexte de crise économique, où tous les salariés subissent de plein fouet l’aggravation de la précarité, celle-ci s’accroît plus vite pour les femmes, plus particulièrement touchées par le chômage et la pauvreté.

Nous militons pour l’égalité en droit et en fait.

Nous sommes pour l’universalité, la laïcité, le progrès, et l’abolition du système prostitueur.

Nous voulons renverser cet ordre établi, marqué par des millénaires d’histoire, dans lequel l’ensemble de la société a été organisé et structuré par un système patriarcal entretenant continuellement la domination des hommes sur les femmes.

Pour changer la donne et construire une société de progrès, basée sur l’égalité sociale et politique, nous pensons qu’il faut défendre en tant que tels les droits des femmes, qui sont aujourd’hui attaqués de toutes parts.

Nous nous inquiétons de voir monter l’idée d’une différenciation entre les hommes et les femmes, qui cache souvent une volonté de différencier leurs rôles, leurs prérogatives et donc leurs droits. Nous nous inquiétons aussi de voir dans certains mouvements féministes une forme de complaisance vis-à-vis de pratiques qui portent atteinte à la liberté ou à la dignité des femmes. Nous nous inquiétons enfin des politiques menées par le gouvernement qui, notamment en accentuant la précarité et en fragilisant le service public, mettent en danger les droits des femmes.

Nous affirmons que les valeurs portées par le féminisme sont des valeurs universelles. L’égalité des droits, la liberté de disposer de son corps, le droit de choisir sa sexualité sans être victime de discriminations, l’accès à l’éducation, au travail, à un salaire et à une retraite égaux, à des services publics de qualité sont des droits universels qui ne peuvent être remis en cause pour des raisons religieuses ou soi-disant culturelles. Nous refusons l’emprise du marché sur les relations femmes-hommes, qui porte atteinte à ces droits fondamentaux ; nous sommes pour une sexualité libre, hors de tout contrôle patriarcal ou capitaliste.

Il y a urgence à transformer la société, par des lois et des politiques publiques à la hauteur. Les organisations politiques et syndicales ont aussi une responsabilité pour faire de l’égalité des droits une priorité. Cela permettra non seulement de défendre et faire progresser les droits des femmes mais également de faire évoluer les mentalités et donc la société.

Nous sommes résolument féministes, nous souhaitons changer le rapport de force dans cette société encore profondément marquée par la domination patriarcale et participer à la transformer pour atteindre durablement l’égalité entre les femmes et les hommes.

Sources des chiffres mentionnés :

Institut pour l’égalité des femmes et des hommes
L’Ecart salarial entre les femmes et les hommes
Vie féminine
Lobby Européen des Femmes

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