« Un crime multiple fait de viol collectif, d’inceste, de mutilations et d’ignorance », « Briser les femmes dans leur sexe », dit Pierre Foldès pour rendre compte de l’insoutenable crime sexiste à l’œuvre dans les pratiques coutumières que sont les mutilations sexuelles.

Excisions et infibulations, sont pratiquées dans plusieurs régions du monde : Afrique, Asie, Amérique latine ainsi que dans les pays européens où émigrent diverses populations en souffrance. La prévalence des mutilations génitales féminines est particulièrement difficile à évaluer en Amérique latine et en Asie où le phénomène est connu depuis moins longtemps qu’au sein du continent africain.
Environ 130 millions de fillettes et de femmes ont subi une mutilation sexuelle. Chaque année, 3 millions de fillettes risquent d’être soumises à cette pratique.

Les Mutilations Génitales Féminines désignent les diverses pratiques d’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes des personnes de sexe féminin. On parle de MGF lorsque des organes génitaux féminins sont lésés pour des raisons culturelles, de croyances religieuses ou pour toute motivation sans nécessité médicale absolue.

Osez le féminisme ! a, en rencontrant Pierre Foldès, cherché à comprendre comment des expert-e-s – dont le quotidien consiste à accompagner les femmes et petites filles ayant subi des mutilations sexuelles vers une atténuation de leurs souffrances – analysent les crimes coutumiers que sont les MGF. Pourquoi ces crimes? Comment font les personnes qui mutilent ? Comment soulager, voire réparer ? Comment éradiquer ces crimes ? C’est sur ces questions que Pierre Foldès s’est exprimé.

Interview de Pierre Foldès

OLF : Qu’est-ce qui vous a conduit à élaborer des techniques de chirurgie réparatrice des organes génitaux mutilés ?

Pierre Foldès : En tant que chirurgien humanitaire j’ai été longtemps engagé sur des opérations difficiles, sur des conflits, j’ai été interpelé par des situations dramatiques d’urgence. Peu à peu, confronté à des problèmes de fistules vésico-vaginales et d’incontinences graves, j’ai découvert que les femmes étaient la population la plus victime dans le monde, et des crimes les plus effroyables. J’ai constaté qu’elles souffraient terriblement des conséquences de ces mutilations dans leurs vies obstétricales et de femmes, j’ai donc été amené à me préoccuper de ces mutilations qui étaient jusque là comme ignorées.

OLF : Quand on parle d’excision, on pense très vite à l’Afrique subsaharienne, or il y a d’autres régions ou les mutilations sexuelles sont infligées aux toutes petites filles et aux femmes. Pouvez-vous nous en dire plus ?

P.F : Je voyage beaucoup, je suis en fait spécialiste de l’Asie. Afrique de L’ouest et de l’est et la Corne de l’Afrique semblent en effet présenter une prévalence importante de mutilations génitales féminines. Cependant, on trouve aussi beaucoup de mutilations en Inde, en Papouasie, en Malaisie, en Amérique centrale, et dans nos pays (Europe, Amérique du nord, Australie), du fait de la persistance de ces pratiques criminelles dans les pays d’origine et de transit des femmes migrantes qui passent par nos pays ou y trouvent durablement refuge.

OLF : Il y a différents types de mutilations, dit-on. Cette classification peut donner à penser que les traumatismes seraient fonction du type d’atteinte physiologique : qu’en est-il ?

P.F. : La MGF est une atteinte mutilatoire à l’intégrité du sexe féminin perpétrée par l’homme. C’est une tentative plus ou moins importante d’ablation du clitoris dont la puissance et l’autonomie a toujours dérangé des hommes. La méconnaissance de la partie externe du clitoris fait qu’il reste souvent du clitoris à sauver, sauf dans les pays où les MGF sont un business pour les médecins et où les mutilations vont très profond. La forme la plus connue est l’excision qui est plus ou moins prononcée, c’est une blessure de la partie externe du clitoris, le gland du clitoris, qui va plus ou moins profond.

Il y a trois stades selon l’OMS mais cela n’a selon moi aucune importance dans la mesure où je constate qu’il n’y a aucun parallélisme anatomoclinique entre les types d’atteintes et les types de traumas. Il y a des formes très graves, très complètes et profondes en Afrique de l’est où il y a parfois paradoxalement une conservation de la sensibilité clitoridienne. Il y a en Afrique de l’ouest des formes d’excision qui pourraient être considérées comme « symboliques » avec des « petites » atteintes et où pourtant, le traumatisme, les conditions particulièrement atroces dans lesquelles on va porter atteinte au sexe de la très petite fille ou de la femme vont déclencher un immense traumatisme physiologique et psychique très difficile à soigner. Dans ces atteintes en apparence moins spectaculaires, c’est le fait d’abîmer le sexe des petites filles et femmes va détruire l’identité (le plaisir et l’image que l’on a de son sexe physique sont importants dans la construction de son identité) et la vie sexuelle de ces femmes. Malheureusement dans 2 cas sur 3, il y a blessure des petites lèvres qui correspond à une blessure plus ou moins directe (lame qui dérape ou atteinte délibérée) et là c’est particulièrement atroce : on arrache, on gratte, on coud les petites lèvres pour fermer le sexe, etc. Ces pratiques de l’infibulation peuvent aller jusqu’à la fermeture complète de la vulve et cela aggrave l’excision et produit des conditions de vie sexuelle et obstétricale (grossesses invivables) particulièrement dramatiques. En Somalie ou en Egypte, on creuse profond et où on ferme complètement les grandes lèvres : on parle de « grande circoncision pharaonique or c’est un terme impropre qu’il faut bannir.

Aucune excision, même superficielle n’est comparable avec la circoncision, même si par ailleurs la circoncision est d’ordre mutilatoire quand elle n’est ni voulue ni nécessaire thérapeutiquement.

La croissance et la vie vont aggraver les dommages causés par ces mutilations. La vie sexuelle et les accouchements vont considérablement accroitre l’ampleur des atteintes, de telle sorte qu’on va voir des complications et séquelles qui font que ce n’est pas seulement une femme excisée qu’on rencontre, mais une femme brisée dans son sexe, avec des peines qui se surajoutent : on parle de sommation des pathologies.

Je me suis certes fixé pour mission de réparer le clitoris, mais aussi d’essayer de restaurer le plus possible l’intégrité des corps de ces femmes et de l’idée qu’elles se font de leur corps. Je vais à la fois devoir réparer la vulve et le clitoris ; mais aussi, en équipe et en pluridisciplinarité. Au-delà d’une opération de chirurgie, ce que veulent ces femmes, c’est-à-dire un retour à la normale, une intégrité physique et un retour à une sexualité « normale », c’est-à-dire non traumatique. Ce n’est pas la chirurgie seule qui peut les aider. Il y a un aspect traumatique qui se surajoute avec l’aggravation qu’est la participation familiale au crime de la mutilation sexuelle.
C’est pire qu’un viol et un inceste réunis : un viol où votre famille participe, ou votre grand-mère, votre mère et votre tante sont co-auteures du crime ! Cela laisse des traces profondes dans la personnalité des femmes et c’est tout cela qu’il faut réparer.
Non seulement il faut comprendre, expliquer, traiter, mettre en condition de faisabilité pour elles même d’une chirurgie réparatrice, mais il faut aussi, une fois la restauration anatomique de la patiente faite, l’accompagner pour réapprendre ou apprendre ce qui lui aura manqué dans sa vie de petite fille, d’adolescente puis de femme. Elle n’a pas eu les années où l’on se caresse, où l’on se fait ses expériences bonnes ou mauvaises : il va lui falloir faire ce chemin de construction là de sa sexualité. Cela nécessite un accompagnement triple : il y a l’accompagnement médical qui consiste à voir si la cicatrisation se fait bien, s’il n’y a pas de douleur résiduelle ou de complication, etc. Il y a un accompagnement sexologique pour pouvoir apprendre ce qui n’a pas été découvert au bon âge. Et il y a un accompagnement psychologique pour toute la partie post-traumatique qui peut être extrêmement importante. J’exerce ces trois rôles, mais il est très important qu’on soit toute une équipe à pouvoir répondre à tous ces enjeux.

OLF : Si l’on vous comprend bien, ce travail d’accompagnement psychologique sert notamment à ce que le cerveau puisse percevoir les sensations captées par le clitoris ou les petites lèvres ?

P.F : Il faut accompagner et répondre aux demandes qui sont très diverses. Ce sont ces femmes seules qui savent ce dont elles ont besoin et envie, ce qu’elles ont demandé. Il faut apprendre à leur redonner la parole et à les écouter, d’où la très grande importance de votre campagne.

OLF : Vous avez parlé de l’ablation des petites lèvres, qui est une mutilation très grave. Il y a une mode, déjà forte aux USA, qui consiste à mutiler « volontairement » ses petites lèvres pour correspondre à une pseudo norme. Ces opérations de chirurgie sont même appelées opérations de chirurgie « esthétique » ou « correctrice ». Articles de magazines féminins, films pornos, etc, ont tellement fait croire qu’il y avait une norme unique de vulve que des femmes croient que leur vulve n’est pas jolie et ou par normale au point de demander à la réduire. Qu’en pensez-vous ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

P.F. : Je reçois énormément de demandes de cet ordre, de plus en plus, d’ailleurs. Comme on peut le deviner quand on est une femme, il y a une certaine normalité qui est très diverse ou une grande variabilité de la norme en matière de petites lèvres ! C’est une projection masculine que de croire ou de faire croire qu’il y aurait un seul dessin acceptable de vulve. N’oublions pas que la sexualité est un des lieux de domination masculine privilégiés et que c’est pour ça que le privé est politique. Dans ces demandes, les cas réellement pathologiques, avec des petites lèvres grandes au point de faire mal, sont rares. Ces demandes sont le fruits de rencontres pendant lesquelles des femmes ont été blessées par les mauvaises paroles, soit de partenaires indélicat-e-s, soit assez souvent de copines. C’est le formatage de la pornographie, de la publicité et de fausses normes esthétiques où tout devrait être symétrique, discret et tracé au compas : les femmes sont censées s’effacer, être pleines de creux. Moins elles ont de relief, moins elles inquiètent le pouvoir des hommes. Le sexe épilé à par exemple tendance à devenir une norme alors qu’il est non normal : la toison pubienne protège, amortit les chocs, évite les frottements douloureux, permet aux odeurs attirantes de diffuser, etc.

Il y a donc un système de perturbations de l’image des femmes et que les femmes sont victimes du caractère androcentré de la société qui fait qu’elles n’ont pas de référentiel stable comme peuvent l’avoir les hommes. Les femmes nagent donc en pleine désinformation, se culpabilisent, et, parfois, finissent par consulter un médecin. Elles demandent alors à ce qu’on mutile leur sexe sans bien mesurer qu’il s’agit d’une mutilation, d’autant plus qu’on leur a appris à retirer des parties d’elles avec l’épilation, les injonctions de minceur extrême, le formatage qui impose d’être douce et souple, etc. Or, je tien à le redire, dans 95 % de ces demandes d’atteinte des petites lèvres, les femmes ont tort, leurs petites lèvres sont très bien et, surtout, y toucher est de l’ordre du crime. Nous devons être honnête, être du coté des femmes au lieu de chercher à faire de l’argent comme le font un nombre non négligeable de chirurgiens. Il faut commencer par expliquer la grande variabilité des vulves ne présentant pas de pathologie. Comme les visages, chaque vulve a un dessin unique ! On doit répéter aux femmes qu’elles sont normales et qu’il ne faut surtout pas se faire opérer. La chirurgie des petites lèvres existe mais il y a relativement peu de gens qui la pratiquent correctement. Il peut y avoir assez facilement de graves complications : c’est quand même dramatique de se retrouver opérée 6 fois et trois ans sans pouvoir avoir de sexualité parce qu’on vous a mis des absurdités dans l’esprit ! Il y a un risque très important, comme dans toute chirurgie dite « esthétique ». Le discours du chirurgien doit être pensé pour rassurer et accompagner les femmes, pas pour amasser de l’argent. Même si nous, médecins, trouvons que ce sont de mauvaises demandes, pour ces femmes ce sont des vraies démarches, importantes et qui leur demandent du courage. Elles ont en fait besoin d’être rassurées et cela demande du temps et de la détermination à n’opérer qu’en cas d’absolue nécessité thérapeutique. Ces demandes sont révélatrices : les femmes n’ont pour la plupart jamais pu parler normalement de leur sexe puisque le sexe féminin est réprimé dans la société, certes de manière plus insidieuse que dans les pays en souffrance. On va à rebours de la société, contre le mal que la société fait aux femmes quotidiennement en leur disant ce qu’elles devraient être en fonction de leur sexe, ce discours sur ce que les femmes doivent incarner changeant sans cesse !

OLF : Comment fonctionne l’opération de chirurgie réparatrice du clitoris ?
P.F. : On ne connaissait pas le clitoris alors qu’on savait détailler les moindres détails de l’anatomie humaine. Il y avait une demi page sur le clitoris sur 2000 pages dans les 3 tomes du Rouvière et Delmas d’anatomie ! La verge était elle très bien décrite. Le clitoris mesure entre 11 et 15 cm environ, sauf qu’il est enfoui.

Il est formé de plusieurs parties : la partie principale qui s’appelle les corps et qui sont ancrés sur l’os du bassin. Ces corps se rejoignent en haut pour former un virage qu’on appelle genou clitoridien. Le genou se prolonge vers une extrémité visible qui est le gland du clitoris. On a longtemps cru que le clitoris se réduisait à ce gland lui-même parfois à peine visible car là aussi il y a autant de clitoris différents que de visages. De plus, le clitoris, lorsqu’il est en érection, a plutôt tendance à s’enfouir car le nerf suspenseur le tire alors en arrière. Le clitoris est donc quelque chose de grand et déployé dans le périnée féminin. A l’intérieur de cette première arche existe une seconde arche qui s’appelle les bulbes ; en forme de fer à cheval. Les bulbes entourent l’entrée de la vulve qu’on appelle le vestibule. Tout ce système est relié, cela forme donc une double arche qui coiffe l’entrée du vagin et dont le centre de convergence se situe comme par hasard à l’endroit de la zone G que plein de femmes ont décrite mais à laquelle certains ne veulent pas croire après avoir martelé que toutes les femmes ne devaient avoir de la plaisir que par elle, ce qui est absurde ! Plus de dilemme « clitoridienne ou vaginale ?», c’est complètement dépassé : la zone G perçue au niveau du vagin, c’est du clitoris ! Le plaisir ressenti par beaucoup de femmes au niveau de l’urètre et dont on parle peu, c’est aussi en grande partie du clitoris qu’il provient. Le clitoris est tellement l’organe central des plaisirs des femmes que les hommes n’ont pas d’équivalent. Il n’est pas question de mettre en concurrence des plaisirs avec d’autres, mais simplement de constater que seules les femmes ont un organe qui ne sert qu’au plaisir tandis que le pénis sert à la fois à uriner, à se reproduire et à avoir du plaisir. C’est pour ça que le clitoris est la cible du crime ! C’est pour ça que depuis 27 siècles on a choisir de le mutiler et ou de l’ignorer.
Comment on le répare ? Comme dans toute chirurgie réparatrice, il faut d’abord connaître la physiologie et l’anatomie de l’organe. On sait où sont ses nerfs, ses vaisseaux et comment il fonctionne donc on va essayer de restaurer son anatomie normale et ses fonctions. Il faut donc retirer les parties lésées qui donnent un mauvais aspect et qui font que la cicatrice fait mal. Il faut ensuite retrouver ce qui reste de l’anatomie normale et avec cela reconstituer un organe fonctionnel et le plus proche possible de la normale, le remettre à sa place. Ensuite, il faut faire en sorte qu’il fonctionne. Les femmes demandent souvent si on va chercher autre chose, greffer des tissus : non, il n’y a rien à ajouter. Il y a suffisamment de tissus pour reconstituer un clitoris normal. On va chercher les parties vivantes dans lesquels sont tous les nerfs nécessaires, on construit avec les nerfs, vaisseaux et muqueuses un gland du clitoris le plus « normal » possible, on le réimplante au bon emplacement, et on répare les autres organes lésés comme les petites lèvres. Il y a environ 10 000 capteurs de plaisirs – corpuscules de Pacini et corpuscules de Krause – répartis entre le gland du clitoris et le genou du clitoris qui est bien enfoui et rarement touché par les exciseuses. Il y a également beaucoup de ces mêmes capteurs de plaisir dans le début des corps et dans tout l’organe. On peut donc dans la grande majorité des cas redonner sa puissance au clitoris. On a fait des études précises en sexologie pour savoir comment les femmes désignaient leur plaisir : beaucoup de femmes désignaient non pas directement le gland mais des zones très à coté ou au-dessus. Le plus souvent il s’agissait de la région du genou clitoridien !
Une fois réparé, l’organe vit et évolue, ses interactions avec les différentes zones du cerveau aussi. Il n’y a donc aucun sens à faire comme si tout se passait dans la tête ou dans le sexe. Les deux sont indissociables : porter atteinte à la tête en désinformant ou en ignorant, ça peut faire beaucoup de mal à la capacité à sentir pleinement son clitoris, et la mutilation d’un sexe peut mutiler des pans d’une personne jusque dans son rapport au monde.
Cette chirurgie dure à peu près ¾ d’heure et est intégralement remboursée par l’assurance maladie, dans le cadre de la Couverture Maladie Universelle et de l’AME. Je me suis battu pour que ces pathologies soient reconnues et que cette chirurgie soit remboursée il y a sept ans.

OLF : Vous employez souvent le terme d’ »excision culturelle, intellectuelle et scientifique pour désigner l’omerta qui pèse sur la libération des sexualités des femmes. Ce terme ne fait pas l’unanimité car les personnes qui accompagnent les femmes victimes de mutilations génitales ne veulent pas risquer d’utiliser le mot « excision » de manière abusive et cela s’entend très bien. Pourquoi insistez vous pour employer cette expression ?

P.F. : Quand on regarde la science médecine, le clitoris n’existe pas, il y a un organe dont on ne parle pas et c’est celui là ! Un jour, j’ai fait la recherche dans le moteur de recherche de l’OMS : il y avait je ne sais combien de milliers de pages sur le pénis et aucune sur le clitoris ! C’est typique ! J’espère que ça a changé !
Il y a un organe qui gène : le clitoris n’est pas directement utile pour la reproduction ni pour le plaisir masculin, donc on n’en parle pas. Quand on examine les différentes motivations des excisions, on retrouve une base commune avec le mépris infligé par les sciences et les cultures qui est le contrôle des sexualités des femmes par les hommes. Voilà le fondement du crime ! Il y a dans les deux phénomènes une volonté plus ou moins consciente de la part de beaucoup d’hommes de contrôler et soumettre une sexualité qui leur fait peur et les dépasse. C’est le même crime, me semble-t-il, qui se décline différemment dans le rejet de la liberté sexuelle pour les femmes et l’excision.

OLF : En Egypte où l’excision est très prégnante, les mutilations sexuelles infligées aux femmes sont médicalisées, faisant là aussi l’objet d’un commerce, mais cette fois non pas perpétré par des femmes pauvres, dominées et peu instruites, mais par des médecins !

P.F : Tout d’abord, c’est un vrai business ! Les mutilations perpétrées par ces médecins sont beaucoup plus graves. Une exciseuse traditionnelle, si elle coupe plus, met ses relations familiales en danger avec la survie de l’enfant et perd un marché. Le médecin dispose de toutes les conditions d’asepsie (instruments stériles, endroit propre) et d’anesthésie pour pouvoir mutiler en profondeur sans faire mourir la petite fille ou la femme. Ces médecins ferment les vulves et mettent à mal les missions de la médecine. La médecine n’est pas là pour aider des tortionnaires à faire tenir plus longtemps leurs victimes ni pour mutiler et tuer des gens dans leur sexe !
La médecine est là pour soigner ; pas pour aider le crime.

Pierre Foldès, en nous disant au revoir, a tenu à dire la chose suivante : « il a fallu déjà toute une révolution copernicienne pour admettre que les femmes avaient un cerveau et que leur cerveau n’était pas de nature différente ni moindre que celui des hommes, alors vous et moi sommes là pour encourager les gens à admettre que les femmes ont un vrai sexe, et non pas un creux pour accueillir un pénis ou un enfant ! ». Nous remercions infiniment Pierre Foldès et Isabelle Gillette Faye (interview-vidéo à venir) qui nous ont énormément appris et fait réfléchir sur les enjeux de l’excision.
Nous tenons à rappeler avec Isabelle Gillette Faye que les femmes qui ont subi ces mutilations vivent chacune de manière unique les suites de ce crime et que certaines ont des plaisirs épanouissants et n’ont pas besoin de chirurgie – c’est toute la magie du corps humain et du clitoris – et enfin que c’est au courage magnifique de ces femmes que nous devons beaucoup des connaissances récentes sur le clitoris ! Ce sont des femmes brisées dans leur sexe qui ont demandé à ressentir leur plaisir, à savoir, à aimer et protéger leur clitoris et ont incité des médecins à connaître et faire connaître les richesses du clitoris. Merci !

Propos recueillis par Lucie Sabau
Photo de Pierre Foldès DR – JeuneAfrique

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