Le plaisir féminin, vous en entendez parler à longueur d’articles et de Unes de magazines féminins, d’émissions télévisées. Le pénis n’a plus de secret pour vous, on vous a donné des conseils pour passer maître(sse) dans l’art de la fellation, vous pouvez nommer toutes les positions du Kama Sutra, pratiquer l’art du massage érotique, bref: pour vous le plaisir féminin n’a plus de secret… Vraiment? Eh bien en fait non, parler du plaisir féminin sans parler du clitoris, c’est comme préparer des spaghettis bolognaise sans tomates, c’est comme un américain sans frites, Bruxelles sans le Manneken Pis, enfin bref, c’est passer à côté de ce qui fait le sel de la vie. Partons à la découverte de ce petit bouton rose planqué entre les cuisses et bien caché sous son capuchon, qui ne paie pas de mine mais qui nous apporte tant de plaisir.

Chapeau, le clito!

Le clitoris est discret. Ce « petit organe érectile de l’appareil génital externe de la femme situé à la partie antérieure de la vulve », selon la définition du Petit Larousse de la Sexualité, est souvent caché sous un petit capuchon. Mais il réserve bien des surprises! Notez-le, mémorisez-le, parce que vous êtes sur le point de lire le scoop du siècle: le clitoris est le seul organe entièrement dédié au plaisir. Oui, le seul et unique; vous pouvez passer en revue tous les autres organes féminins et masculins, aucun autre n’a pour seule et unique raison d’exister que de donner du plaisir. Pas mal non? Il est également beaucoup plus grand qu’on ne le pense, puisqu’il mesure en moyenne 11 cm. Ce que vous voyez à l’œil nu n’est en fait que la partie émergée de l’iceberg, le reste part en deux arches et enserre le vagin. Deuxième scoop: il n’y a pas d’orgasme clitoridien ou vaginal, uniquement plusieurs types d’orgasmes clitoridiens. Quant au point G, oui il existe: pas anatomiquement certes (il n’y a pas de bouton magique à l’intérieur de notre vagin), mais il correspondrait selon les recherches scientifiques récentes à la zone de contact entre la partie inférieure du clitoris et le vagin. Nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements de la recherche en la matière, mais on avance! Enfin, si de nombreuses femmes voudraient bien entrer dans la peau d’un homme pour une journée afin de voir ce qu’apporte le pénis, plus d’un homme devrait avoir envie d’entrer dans la peau d’une femme. Pourquoi donc? C’est un extrait des Monologues du Vagin qui vous donne la réponse: « Le clitoris n’est qu’une simple boule de nerfs. Huit mille terminaisons nerveuses, pour être tout à fait précis. C’est la plus forte concentration de terminaisons nerveuses qu’on puisse trouver dans tout l’organisme. Plus que le bout des doigts, plus que les lèvres, plus que la langue et deux fois plus, je dis bien DEUX FOIS PLUS que le pénis. Alors, je vous le demande: qui voudrait d’un fusil à un coup quand on a en sa possession une mitraillette? »

Silence radio

Malgré ses nombreuses qualités, le clitoris est, hélas cent fois hélas, mal connu, voire ignoré par nos concitoyennes et concitoyens. Pourtant, il fut un temps où il était presque reconnu d’utilité publique: Thomas Laqueur, auteur du Sexe en solitaire, estime que c’est un commentaire de Galien, médecin grec du IIIe siècle, sur la répercussion néfaste de la rétention des fluides qui fut « la pierre angulaire de deux millénaires de masturbation féminine approuvée par la médecine, qu’elle fut pratiquée seule ou avec le concours d’autrui ». L’Église suivit le mouvement et incita les femmes à se masturber pour que « sorte l’humeur spermatique ainsi que la chaleur qui l’accompagne (…) leurs aines sont tempérées et elles deviennent plus chastes ». Les femmes ont donc pu découvrir et utiliser leur clitoris tranquillement (de même que les hommes d’ailleurs avec leur pénis) avec la bénédiction de l’Église et des médecins pendant de nombreuses années. Mais cette période bénie de masturbation « légitime » vit sa fin arriver lorsqu’au début XVIIIe siècle parut un ouvrage intitulé Onania décrivant, bien entendu sans base scientifique, les multiples conséquences néfastes de la masturbation comme vertiges, mélancolie, stupidité, impuissance et même mort. De quoi calmer les ardeurs! Cette peur de la masturbation fait rapidement le tour de l’Europe et est encore présente de façon lancinante dans nos subconscients, malgré les nombreux démentis scientifiques. Le clitoris aurait cependant pu être épargné si Freud ne l’avait pas achevé en le décrédibilisant totalement: selon ses théories, le clitoris ne serait qu’une pale copie du pénis. Les petites filles ont l’autorisation de l’utiliser pour s’amuser mais la femme mature et prête à la relation avec l’homme doit l’abandonner pour se consacrer tout entière au pénis de l’homme, le vrai, l’unique, et se tourner vers sa féminité, donc son vagin. En d’autres termes: le clito, on l’oublie…

Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui a le plus beau clitoris

Le clitoris a commencé à être réhabilité dans les années 1950 par la publication aux États-Unis du rapport Kinsey. Sexual behavior of the human female fit scandale en affirmant que la masturbation féminine était une pratique courante, et surtout que l’orgasme vaginal n’existait pas, considérant le clitoris comme l’organe principal du désir féminin. Puis les féministes le mirent à l’honneur au début des années 1970. Depuis une petite dizaine d’années, les sextoys se sont étendus à la stimulation clitoridienne, les séries télévisées en ont parlé et la mode a fait le reste. Souvenez-vous: en 2007, lorsque Flair offre un vibromasseur à l’achat du magazine, les demandes explosent et 150.000 exemplaires sont écoulés en deux jours: historique! Mais le sextoy est toujours le grand absent de l’éducation sexuelle et n’est utilisé dans les films X que comme préliminaire (ce qui n’est déjà pas mal, reconnaissons-le). La médecine sexuelle féminine est encore balbutiante et c’est grâce à une poignée de précurseurs qu’elle avance à petits pas: en 1998, des chercheuses australiennes découvrirent l’anatomie exacte du clitoris. Il faut attendre 2007 pour avoir une échographie de toute la région pelvienne. C’est… hier! Et le sujet demeure tabou, même dans l’intimité du couple. Parallèlement, la chirurgie esthétique se développe: lèvres trop charnues, asymétrie des petites lèvres… si certaines femmes ont réellement besoin d’une intervention, d’autres y recourent simplement pour présenter un sexe le plus net, le plus beau, parfois le plus jeune possible. Pas de panique: il existe autant de sexes féminins que de visages! Prenez un miroir, regardez là-bas, tout en bas, prenez le temps, découvrez-vous telle que vous êtes, explorez-vous et acceptez-vous.

Pourquoi tant de haine?

100 à 140 millions de femmes vivent avec des organes génitaux externes altérés, coupés, parfois recousus, cautérisés. Dans l’immense majorité des formes d’excision, le clitoris est enlevé. Beaucoup de femmes souffrent toute leur vie de complications gynécologiques, physiques et psychologiques. L’excision (ou mutilation génitale féminine) est une tradition ancrée dans 28 pays africains, ainsi qu’auprès de la diaspora africaine (et notamment en Belgique). Même si les exciseuses sont la plupart du temps des femmes, même si ce sont les mamans ou les grand-mères qui demandent que leur fille soit excisée, il s’agit bien de l’inscription de la domination dans le corps de la petite fille et de la femme. Une inscription d’une extrême violence, au cœur même de la féminité. De nombreuses associations aident les populations, femmes et hommes, à comprendre les conséquences dramatiques de l’excision et à abandonner définitivement cette pratique: des associations de terrain comme Tostan, des personnalités comme la top modèle Waris Dirie, elle-même victime d’excision et qui a eu le courage de témoigner devant l’ONU, et des médecins comme Pierre Foldès, qui reconstruit chirurgicalement des clitoris. Nous voudrions ici saluer leurs efforts et leur ténacité.

Le clitoris est un instrument fabuleux pour atteindre le plaisir. Alors après la lecture, passez à la pratique! Seule ou à deux, avec les doigts, la langue, un sextoy, bref, tout ce que vous voulez, faites-vous plaisir! Osez le clito!

Dessin: Damien Mascret

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