Entretien avec Catherine Vidal neurobiologiste, directrice de recherche à l’Institut Pasteur.

Y a-t-il une différence entre les cerveaux des hommes et des femmes?

Oui et non. Oui parce que le cerveau contrôle les fonctions associées à la reproduction. Par exemple, dans le cerveau des femmes, chaque mois des neurones s’activent pour déclencher l’ovulation. On ne voit pas, bien évidemment, cette activité dans le cerveau des hommes. En revanche, en ce qui concerne les fonctions cognitives du cerveau – la mémoire, l’intelligence, le raisonnement – c’est d’abord la diversité entre les cerveaux qui l’emporte, quel que soit le sexe. C’est-à-dire que les cerveaux d’un groupe de personnes du même sexe sont aussi variés que les cerveaux de personnes de sexes différents.

L’environnement a donc une importance capitale pour la construction de cerveau. Comment décririez-vous l’intégration des schémas sexistes par le cerveau humain?

Ce n’est pas le cerveau qui pense, c’est la personne qui pense. Il est important de ne pas réduire un être humain au seul fonctionnement de son cerveau. Le fait qu’il y ait des stéréotypes et des idées reçues sur le rôle des hommes et des femmes dans la société est le reflet de transmissions culturelles tout au long de l’histoire de l’humanité. Ces réflexes sexistes sont partagés par les hommes et par les femmes.

On dit souvent que les garçons sont plus doués pour centaines choses, par exemple le raisonnement abstrait, et que les filles seraient plus douées pour les langues.

Ce sont des idées d’il y a cinquante ans. Depuis, des progrès considérables ont été faits sur la compréhension du fonctionnement du cerveau et mettent en exergue ce qu’on appelle « la plasticité cérébrale »: rien n’est jamais figé dans le cerveau. Cette plasticité cérébrale est fondamentale pour réfléchir sur l’être humain et sur la place des femmes et des hommes dans la société. Il est vrai qu’on peut constater les différences dans les aptitudes des filles et des garçons, mais on sait ces aptitudes sont uniquement le résultat d’apprentissages différents.

Par exemple, dans une expérience sur la géométrie dans l’espace, si le professeur présente l’exercice comme un test de géométrie, les garçons vont être meilleurs. Mais si le professeur annonce qu’il s’agit d’un test de dessin, alors les garçons et les filles feront le même score. En général, les filles sont moins sûres d’elles dans les tests de maths. Il y a là cette intériorisation, très souvent inconsciente, du stéréotype qui fait qu’elles vont a priori se sentir moins bonnes que les garçons. Quand on réfléchit sur ses différentes performances, on se rend donc compte qu’elles ne sont pas inscrites dans les cerveaux depuis la naissance.

Propos recueillis par Tamar Gugulashvili

Image : cité des sciences

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